Les services écosystémiques – les bénéfices que les humains retirent de la nature – sont essentiels au bien-être, au développement économique et à la durabilité environnementale. Ces services, qui vont de la purification de l’air et de l’eau à la pollinisation et à la régulation du climat, n’ont souvent pas de prix de marché clairement défini, ce qui rend leur évaluation économique complexe mais cruciale. Comprendre et mesurer la valeur économique des services écosystémiques aide les décideurs politiques, les entreprises et les défenseurs de l’environnement à prendre des décisions éclairées concernant l’utilisation et la protection des ressources.
Table des matières
- Méthode des prix du marché
- Méthodes de préférence révélée
- Méthode de calcul des coûts de voyage
- Méthode de tarification hédonique
- Méthodes de préférence déclarée
- Méthode d'évaluation contingente
- Modélisation des choix
- Méthode de transfert des avantages
- Approches fondées sur les coûts
- Approche par fonction de production
- Méthode des coûts évités
Méthode des prix du marché
La méthode des prix de marché s'appuie sur les données réelles du marché pour attribuer une valeur économique aux services écosystémiques directement achetés et vendus sur les marchés. Elle est applicable lorsque les services écosystémiques font l'objet de transactions de marché identifiables. Par exemple, le bois récolté en forêt ou le poisson pêché en lac sont des produits écosystémiques dont les prix de marché sont clairement définis.
Bien que simple et intuitive, cette méthode se limite aux composantes écosystémiques disposant de marchés existants. De nombreux services écosystémiques, tels que la biodiversité ou le stockage du carbone, ne bénéficient pas de marchés explicites, ce qui exige des méthodes d'évaluation alternatives. De plus, les prix du marché peuvent ne pas refléter la véritable valeur sociétale en raison de défaillances du marché ou d'externalités.
Méthodes de préférence révélée
Les méthodes de préférence révélée estiment la valeur économique en observant les comportements réels sur les marchés concernés. Elles permettent de déduire le montant que les individus sont prêts à payer pour les services écosystémiques à partir de leurs décisions. Ces méthodes sont utiles pour évaluer les services écosystémiques non marchands indirectement associés à des biens ou des activités qui, eux, font l'objet d'un marché.
Méthode de calcul des coûts de voyage
La méthode des coûts de déplacement estime la valeur des services écosystémiques récréatifs en analysant les dépenses des visiteurs pour accéder aux sites naturels. Ces dépenses incluent les coûts de transport, les droits d'entrée, l'hébergement et le temps passé sur place. En étudiant les taux de fréquentation à différents niveaux de coûts, les économistes peuvent déduire la courbe de demande et calculer le surplus du consommateur, indicateur de la valeur récréative du site.
Cette méthode est largement utilisée pour les parcs, les plages, les lieux de pêche et les réserves fauniques. Cependant, elle ne s'applique qu'aux services liés aux loisirs et au tourisme et part du principe que le coût du déplacement est le principal facteur influençant la fréquentation, ce qui n'est pas toujours le cas.
Méthode de tarification hédonique
La méthode d'évaluation hédonique examine comment les services écosystémiques influencent les prix sur les marchés connexes, souvent ceux du logement ou du foncier. Par exemple, les propriétés situées à proximité d'espaces verts ou bénéficiant d'une meilleure qualité de l'air affichent généralement des prix plus élevés. En analysant les variations de prix des biens immobiliers liées aux attributs environnementaux, cette méthode estime la valeur implicite de ces attributs.
L'évaluation hédonique est pertinente lorsque des facteurs environnementaux influencent significativement des biens marchands comme l'immobilier. Elle exige des données détaillées et suppose que les acheteurs comprennent et valorisent les services écosystémiques liés aux territoires. Elle ne permet pas d'évaluer les services écosystémiques non marchands qui n'ont pas d'incidence directe sur les prix du marché.
Méthodes de préférence déclarée
Les techniques d'évaluation des préférences déclarées utilisent des enquêtes pour interroger les individus sur leurs préférences et leur disposition à payer pour des services écosystémiques, y compris des services hypothétiques dont le comportement sur le marché est inobservable. Ces méthodes permettent de saisir un large éventail de valeurs, notamment les valeurs de non-usage telles que la valeur d'existence ou la valeur de transmission.
Méthode d'évaluation contingente
La méthode d'évaluation contingente (MEC) est une approche par enquête où les répondants se voient présenter un scénario décrivant un service écosystémique et sont invités à indiquer le montant qu'ils seraient disposés à payer pour le maintenir ou l'améliorer. On peut également leur demander le montant de la compensation qu'ils exigeraient pour accepter sa perte. Ce questionnement direct permet aux chercheurs d'évaluer des services écosystémiques autrement difficiles à quantifier.
La méthode d'évaluation contingente (MEC) est flexible mais sensible à la conception de l'enquête et aux biais, tels que le biais hypothétique (surestimation de la disposition à payer) ou le biais stratégique (manipulation par les répondants). Elle exige une élaboration rigoureuse du questionnaire et un échantillon représentatif pour produire des résultats crédibles.
Modélisation des choix
La modélisation des choix (MC) utilise également des enquêtes, mais présente aux répondants de multiples scénarios hypothétiques incluant différentes combinaisons d'attributs de services écosystémiques et de coûts associés. En analysant les choix parmi les alternatives, les chercheurs déduisent la valeur de chaque attribut, fournissant une évaluation plus détaillée lorsque les services écosystémiques comportent plusieurs composantes.
La méthode CM permet d'analyser des valeurs complexes et s'avère efficace pour l'analyse des compromis. Toutefois, elle exige une conception d'enquête et une analyse statistique sophistiquées, et les répondants doivent bien comprendre les scénarios hypothétiques.
Méthode de transfert des avantages
La méthode de transfert des avantages utilise des valeurs économiques estimées dans un contexte ou un lieu donné et les applique à un service écosystémique similaire ailleurs. Cette approche est pratique lorsque les études d'évaluation originales sont indisponibles, coûteuses ou trop longues à réaliser.
Le transfert des bénéfices permet de préserver les ressources, mais exige une grande vigilance afin de garantir que le contexte écologique, socio-économique et culturel corresponde à celui de l'étude initiale. Des différences peuvent conduire à des évaluations inexactes ou biaisées ; des ajustements et une analyse de sensibilité sont donc recommandés.
Approches fondées sur les coûts
Les méthodes fondées sur les coûts déduisent la valeur des services écosystémiques à partir des coûts associés à leur remplacement ou à leur restauration. Ces méthodes ne mesurent pas directement le bénéfice, mais estiment des valeurs minimales en fonction du coût de substitution ou de prévention des dommages.
Approche par fonction de production
L'approche par la fonction de production établit un lien entre les services écosystémiques et la production de biens ou de services commercialisés. Par exemple, la pollinisation par les abeilles accroît les rendements agricoles ; on peut donc déduire la valeur de la pollinisation de sa contribution à la production agricole. Cette approche modélise la relation physique entre les services écosystémiques et les résultats économiques afin d'estimer leur valeur.
Ce modèle est pertinent lorsqu'il existe des liens de causalité éco-économiques clairs, mais il exige des données biophysiques et économiques détaillées. Il ne prend en compte que la valeur d'usage liée à la production, excluant les valeurs non liées à l'usage.
Méthode des coûts évités
La méthode des coûts évités valorise les services écosystémiques en calculant les coûts que la société évite grâce à ces services. Par exemple, les zones humides filtrent l'eau naturellement, réduisant ainsi le besoin de stations d'épuration coûteuses. Les économies réalisées grâce à ce service naturel reflètent sa valeur économique.
Cette méthode met l'accent sur les économies réelles, mais peut sous-estimer la valeur, car tous les services écosystémiques n'ont pas des coûts évités facilement quantifiables. Elle suppose que les coûts des technologies de remplacement ou des dommages sont connus et mesurables.